Forge et religion au Japon

Les kami présidant à l’opération de forge sont au nombre de quatre pour les plus répandues (Musée départemental d’Iwate, 1990 ; Tetsu no bunka, 2004) :

Carte de répartition des sanctuaires shintō dédiés aux différents kami présidant à la forge selon les régions et répartitions des croyances effectives en un kami présidant à la forge (d’après Tetsu no bunka, 2004).
  • Kanayago 金屋子, essentiellement dans la région du Chūgoku ;
  • Inari稲荷, dans le Kinai, Shikoku et Kyūshū ; kami qui préside habituellement à la riziculture, l’origine de sa forte association dans le Kinki et le Shikoku aux activités de forge demeure mal comprise[1].
  • Kanayama金山, kami de la forge dont la croyance est la plus réputée dans tout le Japon.
  • Sanbō kōjin三宝荒神, dans le nord du Tōhoku ; habituellement kami de la cuisine et du feu du four de cuisson, devenu également kami du feu du foyer de forge dans le Tōhoku.

La forge faisait tout comme le site de réduction l’objet de tabous. Les écrits précisent que les femmes en étaient ainsi également interdites (Fukunaga, 1995).

Il existait en outre un certain nombre de rites, comme le jour de la reprise du travail, après le jour de l’an, où le forgeron déposait alors sur l’autel du kami des offrandes de mochi et de saké. L’autre jour le plus important de l’année correspondait à la « fête des soufflets », appelée fuigo matsuri鞴祭り, dont la date variait généralement suivant les localités entre le 8 décembre, le 17 décembre ou encore le 18 décembre. L’atelier de forge était alors nettoyé, les outils lavés et des offrandes de mochi et de saké étaient alors à nouveau disposées sur l’autel. Si la famille du forgeron en possédait, une illustration représentant le kami était accrochée sur l’autel. Jour férié, le forgeron, sa famille, ses compagnons et apprentis, ainsi que ses voisins se réunissaient alors pour profiter d’un bon repas (Musée départemental d’Iwate, 1990).

              Enfin, cet aspect religieux se retrouvait également dans l’acte même de fabrication de la lame. Ainsi, les lames produites étaient très généralement considérées acquérir une nouvelle vie. Cette idée était très courante autrefois au Japon. Sasamoto Shōji 笹本正治 (Sasamoto, 2002) évoque cette pensée qui considère que fabriquer un objet n’est pas une simple action, mais une sorte d’insufflation de la vie dans l’objet qui vient d’être créé par l’artisan, en y impliquant une partie de son âme (tamashii魂). Cette pensée ne concernait d’ailleurs pas que le monde de la forge. Sasamoto prend quant à lui pour exemple les charpentiers de marine. L’artisan possédait alors aux yeux de la société (aux yeux de ceux qu’on pourrait qualifier de profanes, dans la mesure où ils n’ont aucune connaissance technique) un pouvoir proche du divin, capable de donner une âme à un objet. C’est sous cette forme que Sasamoto interprète la légende selon laquelle Sanjō Munechika se serait fait aidé par le kami Inari. Le statut du forgeron de sabre, issu de sa connaissance particulière du feu et des matériaux, était donc considéré être en contact avec les kami (Sasamoto, 2002). Il reste difficile de savoir si cette assertion peut être véritablement généralisée à toutes les activités artisanales. Cependant, cette idée semble particulièrement profondément installée dans le cadre de la fabrication des sabres. On notera ainsi que de nombreuses légendes prêtent une âme, ou du moins une volonté à des lames de sabre[2].


[1] L’épisode le plus connu est l’aide apportée au forgeron Sanjō Munechika (forgeron de la fin du Xe et du début du XIe siècle) en prenant le rôle d’aide dans le martelage d’une lame. Celle-ci fut appelée par la suite ko kitsune小狐 (petit renard) ; le renard étant le symbole du kami Inari.

[2] Pour en avoir quelques exemples, voir Yoshimura, 2001.

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