Une petite histoire de l’arc japonais

Le grand arc japonais a des origines assez anciennes. Un texte chinois du 3e siècle de notre ère présentant les Japonais évoque déjà pour particularité que ceux-ci ne tiennent pas leur arc au centre mais plutôt vers le bas.

Guerrier de la période Yayoi (1er millénaire avant notre ère – 3e siècle de notre ère)

Ce qui semble être confirmé par des reliefs sur des cloches cérémonielles en bronze (dōtaku 銅鐸) de la même époque.

Représentation d’archer sur une cloche en bronze

Les fouilles archéologiques permettent aussi d’entrevoir des arcs de près de 2m de long dès la période Kofun (3e – 6e siècle de notre ère). La longueur des arcs conservés dans le Shosoin (un ancien grenier du temple du Tōdaiji reconverti en entrepôt conservant les trésors de la famille impériale au 8e siècle et scellés par la suite par décrets impériaux ; véritable time capsule) oscille entre 1,80m et 2,60m. Cependant il n’est pas impossible que ces grands arcs purent avoir une fonction essentiellement rituelle.

1 Arc classique, 2 et 3 Arcs du Shôsôin, 4 Arc de la période Kofun, 5, 6, 7 et 8 Arcs découverts dans des agglomérations vilageoises 9 Arc Aïnu

Toutefois, à l’aube de la période médiévale (11e -12e siècle), le grand arc de guerre de 2m de long à la disposition asymétrique est devenu la règle. Il était utilisé principalement à cheval. La vitesse du cheval participant à la vélocité de la flèche, il semble qu’un tir vers l’avant était privilégié. De même, il semble que les arcs étaient rarement bandé à fond.

Les arcs antérieurs étaient essentiellement faits de bois enduits de laque mais au 12e siècle l’accolage d’une plaquette de bambou sur toute la longueur extérieur (partie dirigée vers la cible) va permettre de limiter la casse des arcs et améliorer son élasticité, créant ainsi un arc plus facile à bander tout en conservant une certaine force pour des tirs à longue distance. Les jonctions naturelles du bambou pouvant constituer des points faibles, elles sont renforcées notamment en y enroulant de la corde et en laquant.

Au milieu du 14e s, l’arc de guerre est composé de deux plaquettes de bambou enserrant le bois sur toute sa longueur : une à l’extérieur (vers la cible) et une à l’intérieur (vers l’archer).

Le bois au cœur de l’arc et les deux plaquettes de bambou de part et d’autres

L’arc atteint alors 2,30m en moyenne et est plutôt employé par les archers à pied. Les nouveaux arcs avaient plus de force mais nécessitaient moins d’armure pour pouvoir être bandés complètement. On note ainsi que dans certains récits (notamment le « Taiheiki », qui raconte 50 années de guerre entre 1318 et 1368), des guerriers enlevaient l’épaulière et libéraient leur épaule droite pour mieux bander l’arc et effectuer des tirs « longue distance » (soit environ 200m). En 1331, la flèche tirée par Asuke Shigenori, après avoir bandé l’arc au maximum en ayant libéré son épaule droite de son armure, aurait ainsi parcouru un peu plus de 200m et atteint au front (pourtant protégé par un casque) Arao no Yagorō, mort sur le coup.

Asuke Shigenori libérant son épaule pour mieux tirer.

Cette amplitude de mouvement pour bander l’arc généra aussi l’utilisation de flèches plus longues, et donc un peu plus lourdes, amplifiant la force à l’impact. Celles-ci passent en moyenne de 90cm de long à parfois plus de 1m.

A noter d’ailleurs que l’arc est traditionnellement bandé au Japon sans fléchir les doigts (ou presque) pour aider à tirer la corde, mais simplement en pinçant cette dernière.

Il s’agit d’ailleurs encore de la manière actuelle de tirer en kyûdô, notamment à l’aide d’un gant en cuir de daim ou une entaille permet de retenir la corde.

L’emploi de cet arc aurait permis d’impliquer plus facilement les hommes des couches sociales peu élevées dans les conflits militaires de l’époque : faible armure favorisant l’emploi de cet arc, possibilité de tirer à distance sans s’engager véritablement, faible coût de l’armement…

C’est aussi à cette époque (14e siècle donc) qu’on voit l’apparition des premières formations de combat au Japon (notamment les formations d’archers à pied), pour pouvoir utiliser les impacts de flèches de manière concentrée sur une zone en particulier.

C’est cet arc qui restera majoritairement employé jusqu’à la fin du 15e siècle. Au 16e siècle, pendant la période du pays en guerre, la réalisation de l’arc se complexifie en multipliant les plaquettes de bambou au détriment du bois. De même, ils semblent que l’usage de l’arc par le soldat d’infanterie et l’apparition de l’arquebuse conduisent à utiliser des arcs plus petits à la fin du 16e siècle.

Coupe d’un arc japonais montrant la composition complexe de ces derniers à partir du 17e siècle

A partir du 17e siècle, le pays ne connaitra plus de longues périodes d’affrontements jusqu’au 19e siècle, mettant fin à de véritables innovations dans la morphologie et la conception de l’arc (si ce n’est l’utilisation d’une tige de fer par exemple).

Concernant les cordes des arcs, elles étaient généralement réalisées en chanvre. Certaines étaient recouvertes de laque noire ou blanche, sur d’autres on enroulait un fil de soie sur toute la longueur de la corde avant d’appliquer de la laque, ou encore on pouvait durcir la corde avec une colle animale.

Concernant la puissance de l’arc, au cours de la période médiévale, celle-ci était mesurée en nombre d’homme qu’il fallait pour tendre la corde en la mettant en place sur l’arc. La grosse majorité des arcs nécessitait la puissance d’un seul homme pour tendre la corde, les arcs nécessitant 2 à 3 hommes n’étaient pas non plus si rares. Il est même question de certains arcs donc la corde nécessitait 4, voire 5 hommes pour être mise en place (exagération possible). A partir du 17e siècle, ce sera le diamètre de l’arc (oscillant entre 1,2cm et 1,9cm) que les Japonais utiliseront pour définir la puissance des arcs, sans que ce soit pour autant véritablement révélateur.

Aujourd’hui, la force des arcs est plutôt exprimée en kilogrammes. Il semble qu’à partir du 17e siècle, la puissance des arcs est singulièrement baissée (un ouvrage fait mention d’une puissance de 39kg comme étant une puissance habituelle) mais les arcs de kyudō ou de yabusame actuels font généralement entre 10 et 25kg.

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