
Cet article sur Oda Nobunaga a vu le jour suite au visionnage du premier épisode de la série Netflix. Elle le présentait comme particulièrement cruel et d’une manière si biaisée que j’ai préféré arrêter la série à cette épisode et ai décidé de me mettre à écrire quelque chose de plus fouillé, en tentant de me baser sur les recherches et les données les plus récentes, directement en japonais.
Pour lire et comprendre cet article confortablement, il vous faudra peut-être consulter des cartes, en plus de celles que j’intègre en illustration. Vous pourrez les consulter ici.
Je vous conseille également de lire l’article (beaucoup plus court!) ici que j’ai pu écrire sur les ikki 一揆, un phénomène assez récurrent à l’époque et auquel Oda Nobunaga s’opposa de nombreuses fois.
La majorité des détails de l’histoire d’Oda Nobunaga 織田信長 nous est connue par le « Shinchō kōki » 信長公記, un ouvrage biographique sur Oda Nobunaga, écrit par l’un de ses anciens vassaux, Ōta Gyūichi 太田 牛一, et publié près de 20 ans après la mort du concerné, au début du XVIIe siècle.

Comme pour beaucoup de personnages historiques importants, sont apparues une légende dorée et une légende noire, divisions qui se ressentent encore aujourd’hui dans les recherches historiques le concernant. Nous allons donc essayé ici de nous en tenir au maximum aux faits, acceptés actuellement par la majorité des historiens au Japon. On rappellera ici cependant que, décédé assez jeune à l’âge de 48 ans, nous ne disposons à son sujet que d’ordres écrits, une partie de sa correspondance et quelques témoignages de ses contemporains, afin de tenter de comprendre ce à quoi Oda Nobunaga pensait et aspirait. Si les faits et les actes (parfois vérifiés par l’archéologie) semblent plus ou moins établis, il demeure un flou quand à ses motivations profondes, que la légende s’est chargée au fil du temps de broder. Encore une fois, nous tenterons donc ici de présenter les faits, et de donner quelques éléments de réflexion communément admis sur ce qu’a pu être ou vouloir être Oda Nobunaga lui-même.

Les débuts d’Oda Nobunaga et sa montée en puissance :
Oda Nobunaga est né en 1534, dans la province d’Owari 尾張. Les spécialistes n’hésitent alors généralement pas à raconter les nombreuses anecdotes sur sa jeunesse, où il aurait, d’après certains témoignages, eu l’habitude de jouer avec d’autres enfants, et ce quelque soit leur origine sociale. Ces histoires permettent généralement de faire écho au fait que, devenu un grand daimyō (seigneur de guerre) plus tard, il n’hésita pas non plus à prendre sous son aile des vassaux aux origines sociales très diverses. Il n’hésita en effet pas à faire monter, dans les plus hauts échelons de la société, des hommes qui n’auraient pu sinon y accéder autrement (comme Hashiba Hideyoshi, futur Toyotomi Hideyoshi, qui continua l’œuvre d’Oda Nobunaga).
Fils désigné héritier de son père (la loi de primogéniture n’existait pas au Japon), un petit seigneur local, Nobunaga participa à son premier combat à l’âge de 16 ans (1550), contre le clan du daimyō voisin à l’Est : les Imagawa 今川.

A l’époque, une période en pleine instabilité, les conflits locaux sont nombreux et un an plus tard, en 1551, un affrontement s’amorça donc entre les forces de son père et le daimyō immédiatement au nord : Saitō Dōsan 斎藤道三 (seigneur de la province de Mino 美濃). Ce conflit se résolut par un traité de paix, scellé par le mariage d’une des filles de Saitō à Nobunaga.

En 1552, à la mort de son père, Oda Nobunaga était censé devenir l’héritier légitime du clan, mais son autorité étant contestée, il combattit pour assurer son héritage contre des membres de sa famille. Un de ses frères cadets, Oda Nobuyuki 織田信行, conspira contre lui, avec l’aide de (ou manipulé par des) clans rivaux (1552-1558), ce qui l’amena à le combattre (bataille de Inō 稲生, 1556) et le vaincre, conduisant à la mort de Nobuyuki en 1557.

A noter qu’en 1554, on a l’une des premières mentions de l’utilisation d’un bataillon employant le yari 槍 long, qui sera une des armes caractéristiques de l’armée de Nobunaga. Le yari est une lance et, alors que sa hampe fait habituellement environ 2,70m, les yari longs utilisés dans l’armée de Nobunaga avaient une hampe de l’ordre de 6,40m.

Entre temps, Nobunaga chercha à aider son beau-père au nord, pris dans une guerre de succession avec ses propres fils (les beaux-frères de Nobunaga donc) mais ne put arriver à temps (1556). Son beau-père mourut pendant le conflit et son beau-frère, Saitō Yoshitatsu 斎藤義龍, vainqueur du conflit, devint le seigneur de la province de Mino. Nobunaga fut alors contraint de repartir. Ces combats lui permirent cependant d’étendre ses possessions sur une bonne partie de la province d’Owari en 1559.

En 1560, le puissant clan Imagawa conduit par Imagawa Yoshimoto 今川義元, s’allia par mariage aux clans Hōjō 北条 et Takeda 武田, deux autres très puissants clans (respectivement de la région proche de l’actuel Tōkyō et des départements actuels de Yamanashi et Nagano), pour assurer ses arrières. Imagawa Yoshimoto décida alors d’envahir la province d’Owari, qui se trouva immédiatement à sa frontière occidentale.

Nobunaga se trouvait alors à la tête d’une armée de quelques milliers d’hommes quand le clan Imagawa alignait entre 10 000 et 45 000 hommes selon les sources. L’invasion par le clan Imagawa commença bien, mais la cuisante défaite à la bataille d’Okehazama 桶狭間, remportée par Oda Nobunaga, allait directement propulser ce dernier sur le devant de la scène et anéantir les aspirations du clan Imagawa.
En effet, alors que ses premières forteresses tombaient, les témoignages relatent qu’Oda Nobunaga ne prit d’abord aucune disposition de combat, laissant les troupes adverses prendre quelques châteaux. Puis, recevant l’information que le gros des troupes Imagawa s’étiraient dans une longue plaine encaissée, Nobunaga réagît enfin et lançant ses troupes, il surprit l’adversaire, alors en train de se reposer et faire une halte, en effectuant un raid éclair, le tout à l’occasion d’un orage intense providentiel qui couvrit leur approche.





Ce mouvement permit de trouver et tuer rapidement Imagawa Yoshimoto, mettant l’armée adverse en déroute. Provoquant la chance, Oda Nobunaga décida d’élargir immédiatement son territoire sur une partie du territoire Imagawa.

Parmi les guerriers adverses figurait Matsudaira Motoyasu 松平元康 (futur Tokugawa Ieyasu 徳川家康), alors âgé de 17 ans. Ancien otage du clan Oda, puis du clan Imagawa (par échange d’otage), il avait été obligé de servir le clan Imagawa qui avait réquisitionné son château familial d’Okazaki 岡崎. Faisant partie de l’avant-garde de l’armée Imagawa, il occupait une forteresse avoisinante au moment de la défaite.

Il parvint à se replier, sans dégât avec son détachement et, à la faveur de la déroute, réoccupa son château familial. Son fief étant situé à la limite avec celui d’Oda Nobunaga, il décida alors de prendre son indépendance vis-à-vis des Imagawa, fortement fragilisés et incapables pour l’instant de menacer qui que ce soit. Il demanda également à former une alliance avec Nobunaga, pour ne pas avoir à se soucier de l’Ouest, quand les Imagawa reviendraient en représailles par l’Est. Nobunaga, quant à lui, était occupé au Nord avec le clan de feu son beau-père, les Saitō de la province de Mino, et accepta donc l’alliance.

L’extension du territoire vers le Kinai et le début de la collaboration avec le shōgun :
En 1561, Saitō Yoshitatsu, le fils qui avait tué son père, venait de mourir de maladie. Son fils de 14 ans hérita du fief mais, les lois d’héritage étant loin d’être établies, Oda Nobunaga décida donc d’avancer des arguments militaires afin de faire valoir ses droits de succession en tant que beau-frère du disparu. Il commença l’assaut des châteaux les plus proches en 1561 en contractant une alliance par mariage avec le clan Azai, et son chef, Azai Nagamasa 浅井長政 (la sœur de Nobunaga devint ainsi l’épouse de Nagamasa), afin de prendre le clan Saitō en tenailles.

Matsudaira Motoyasu (Tokugawa Ieyasu), pendant ce temps, réussit à pacifier la province de Mikawa 三河 en élargissant ses possessions à l’est, contre ce qu’il restait du clan Imagawa. En 1564, cependant des Ikkō ikki apparurent dans la province, en partie soutenue par des anciens vassaux Imagawa passés récemment sous sa coupe. Il finit par pacifier la région en 1566 et fut officiellement nommé seigneur de la province de Mikawa. C’est à cette occasion qu’il prit le nom de Tokugawa.

En 1567, les troupes d’Oda Nobunaga finissaient par faire définitivement plier celles du clan Saitō en retournant nombre de vassaux contre leur seigneur,et Nobunaga put ainsi incorporer la province de Mino à son fief. Il renomma alors le bourg d’Inokuchi 井口, au pied du château principal d’Inabayama 稲葉山城, en Gifu 岐阜 (d’après le nom de Qishan 岐山, la région où la dynastie des Zhou en Chine antique établit sa capitale, Fenghao ; le deuxième idéogramme 阜 signifie « grand » ou « colline »), pour s’y installer et transforma le château qui devint donc le château de Gifu et sa résidence principale.

Cette province était particulièrement importante dans la mesure où son contrôle permettait de prendre possession d’une grande partie des voies de communication et d’accès vers le Nord-Est du Japon, en plus d’être l’une des zones majeures de production d’armes. A cette époque, la province comporte effectivement l’une des plus grandes concentrations de forgeron de sabres de l’archipel. Dans un pays où l’instabilité est constante et où les conflits sont nombreux, pouvoir mettre la main sur une telle manne économique n’est pas anodin.
Nobunaga en profita d’ailleurs pour lancer une politique économique intitulée Rakuichi rakuza 楽市楽座 dans la ville de Gifu. Cette politique de marché libre sans privilège corporatif autorisait quiconque à faire commerce (alors que seules les commerçants ayant intégré des guildes – les za 座 – étaient jusqu’à présent autorisés). Ce n’était d’ailleurs pas la première fois de l’histoire du Japon qu’elle était mise en place, puisque le daimyō Rokkaku Sadayori 六角定頼 l’avait déjà appliquée sur la ville de Ishidera 石寺, la ville au pied du château de Kannonji 観音寺城. Dans tous les cas, ceci permit de relancer l’activité économique après que la région ait été fortement la guerre dans la région (une mesure que Nobunaga réutilisera pour d’autres villes quelques années plus tard).

A noter que c’est aussi à cette période que Nobunaga se dote d’une garde rapprochée d’une vingtaine à une trentaine de cavaliers (variant suivant les sources), divisés en deux compagnies reconnaissables à un textile particulier dans le dos des guerriers, le horo 母衣 (originellement destiné à protéger des tirs de flèches, il était au XVIe siècle renforcé avec la présence d’une cage de bois lui donnant une forme gonflée caractéristique) : la compagnie des horo rouge (赤母衣衆) et celle des horo noirs (黒母衣衆). Seuls les vassaux les plus en vu pouvaient y avoir accès, et en faire parti constituait déjà en soit une sorte de récompense. Il semble qu’Oda Nobunaga y cultivait également l’esprit de compétition, ce qui permit d’émuler les vassaux y participant, mais put également le conduire à sa perte (les tensions et rivalités entre ses vassaux sont l’une des hypothèses concernant la fin de Nobunaga).


A partir de 1568, Oda Nobunaga choisit également comme sceau la combinaison des idéogrammes 天下布武 (« Tenkafubu »). Les interprétations des spécialistes divergent sans pouvoir vraiment s’accorder sur le sens. Il a d’abord été cru pendant longtemps que ce sceau signifiait que Nobunaga voulait unifier le Japon grâce à sa force militaire. Cependant, s’agissant d’un sceau pour sceller entre autres des lettres diplomatiques, il est difficile d’imaginer qu’une telle signification un tantinet mégalomane puisse avoir été utilisée, sous peine de provoquer tous les seigneurs rivaux et d’empêcher Nobunaga de créer des alliances.

Plus récemment, il a ainsi été proposé que ce sceau devait plutôt représenter la volonté de vouloir restaurer le bakufu 幕府 (le système gouvernemental qui s’écroulait) dans le Kinai (la région centrale qui abrite notamment les régions actuelles de Kyōto, Ōsaka, les alentours du lac Biwa et la péninsule de Kii), et c’est la signification qui présente désormais le plus de suffrages de la part des spécialistes.
Une autre hypothèse encore réunissant de plus en plus de suffrages, traduit les idéogrammes composant le sceau en se basant sur leurs lectures chinoises plus anciennes (vraisemblablement connues de Nobunaga). Celles-ci signifieraient que le dirigeant du pays serait la personne qui cherche à maitriser les 7 vertus du guerrier 七徳の武, à savoir : interdire la violence ; mettre fin aux combats ; maintenir la grandeur du pays ; effectuer de grands accomplissements ; rassurer et pacifier les populations et, enfin, favoriser le développement économique. En adoptant ce sceau, Nobunaga s’en servirait comme d’un slogan, montrant ce à quoi il aspire, une symbolique vertueuse pour le bien du pays, plutôt qu’une affirmation brutale de sa force et de sa domination, comme pensé par la première hypothèse.
L’une des raisons pour laquelle la deuxième option (restauration du bakufu) semble être privilégiée par les historiens est que deux ans auparavant, en 1565, le clan Miyoshi 三好 et le seigneur Matsunaga Hisahide 松永 devinrent les clans les plus influents sur Kyōto et Nara. Leurs intrigues de Cour conduisirent le shōgun Ashikaga Yoshiteru 足利義輝 au suicide. Ils soutinrent ensuite son fils, Ashikaga Yoshihide 足利義栄 pour l’accession au pouvoir, ce qui leur permit de conserver une très forte influence sur ce dernier, en lui enlevant tout pouvoir décisionnel.

Or, son cousin, Ashikaga Yoshiaki 足利義昭, souhaitant remettre en place un shōgun au pouvoir puissant, s’était réfugié d’abord chez le clan Asakura au Nord, pour demander sa protection et son aide. Les Asakura refusèrent car ils étaient déjà en conflit avec le Ishiyama Honganji 石山本願寺 (un grand temple situé dans l’actuel Ōsaka et qui contrôlait les Ikkō ikki). Suite à un Ikkō ikki organisé sur leur territoire 60 ans plus tôt et qui causa plus de 200 000 morts, la secte Ikkō avait en effet été interdite par les Asakura. Le Honganji étant proche du clan Miyoshi, les Asakura ne souhaitaient donc pas prendre le risque d’envenimer les choses et de subir les attaques combinées des Miyoshi et des Ikkō ikki du Honganji.

Toutefois, en 1567, Matsunaga Hisahide, incendia le temple du Tōdaiji à Nara, où se trouvaient des vassaux importants des Miyoshi car il cherchait à les évincer. Cette dissension au sein des forces des Miyoshi, si elle ne permit pas au clan Asakura de changer de position, concorda néanmoins avec le moment où Nobunaga prit son nouveau sceau et également le moment où Ashikaga Yoshiaki requit son aide et sa protection, en lieu et place des Asakura. Avec Yohiaki, un de ses vassaux les plus importants joignit ses forces à celles d’Oda Nobunaga, en les mettant à sa disposition. Il s’agissait d’Akechi Mitsuhide 明智光秀 , qui devint bientôt l’un des généraux les plus importants de l’armée de Nobunaga.
L’adoption du sceau « Tenkafubu » par Nobunaga correspondrait donc bien au souhait – du moins à l’époque – de ce dernier de remettre en place le pouvoir du bakufu en profitant d’opportunités qui lui sont ouvertes telles la demande de protection du potentiel futur shōgun. Cette volonté de stabiliser le pouvoir pourrait également confirmer la troisième hypothèse, affirmant des valeurs pour sortir la région de la crise politique où elle se trouve.
En 1568, avec l’arrivée à Kyōto d’Ashikaga Yoshiaki sous la protection d’Oda Nobunaga, Matsunaga Hisahide se plaça directement sous l’autorité de ce dernier. Les Miyoshi et le shōgun en place, Yoshihide, aidés par le clan Rokkaku 六角 fuirent (après avoir perdu dans plusieurs affrontements en 1568 et 1569), laissant Ashikaga Yoshiaki devenir le nouveau shōgun, sous la protection d’Oda Nobunaga. La même année, la ville très commerçante de Sakai 堺, surnommée la Venise de l’Orient par les missionnaires occidentaux, se mit sous la protection de Nobunaga, accroissant les possibilités économiques de ce dernier.
En arrivant à la capitale, c’est aussi la première fois qu’il rencontra Luís Fróis. Le prêtre jésuite portugais l’intrigua et il l’invita même à séjourner quelques temps au château de Gifu, ce qui fut le début d’une longue entente cordiale entre les deux hommes.
Oda Nobunaga commença aussi alors à étendre son influence sur le Kinai, depuis la capitale impériale.
La première alliance d’encerclement du clan Nobunaga
Le début des années 1570 voit un nombre de plus en plus important d’oppositions à l’extension du pouvoir du clan Nobunaga, que ce soit avec les Miyoshi et le Honganji (école Ikkō) à l’Ouest, les clans Azai et Asakura associés au Enryakuji au Nord, le clan Takeda à l’ouest et le Ikkō ikki de Nagashima au Sud. Si pendant longtemps les spécialistes crurent que le shōgun était à l’initiative de cet encerclement, on en est bien moins sûr aujourd’hui, de par la découverte de nouvelles correspondances de l’époque. C’est cependant au cours de cette période que la position du shōgun va changer vis à vis d’Oda Nobunaga.
1570
L’année 1570, avec l’arrivée de Nobunaga a Kyōto, fut donc une année particulièrement importante dans le démarrage de nouveaux conflits.

En janvier 1570, Nobunaga restaura donc le bakufu tout en proposant une série de mesures visant à limiter le pouvoir (notamment judiciaire) du nouveau shogun Ashikaga Yoshiaki, propositions que ce dernier accepta. Bien que ces mesures constituaient un prolongement de ce qui se faisait pour les derniers shōguns, il est possible d’y voir un parallèle et même une continuation de ce qui s’était passé avec le shōgun précédent, dont les pouvoirs étaient subordonnées aux décisions des clans Miyoshi et Matsunaga (et que ne manquent d’ailleurs pas de faire remarquer les études cherchant à prouver que Nobunaga voulait absolument obtenir le pouvoir par la force).
Le shōgun lui proposa alors de le promouvoir au rang administratif de kanrei 管領, afin d’officialiser la position de Nobunaga au sein du gouvernement, mais celui-ci refusa, se contentant de la reconnaissance. Quoi qu’il en soit Nobunaga mit son armée au service du gouvernement.
En avril, le chef du clan Asakura, Asakura Yoshikage 朝倉義景, ancien protecteur du nouveau shōgun, aurait refusé de venir à Kyōto et de participer à un banquet, ce qui fut interprété par Nobunaga comme un acte d’irrespect envers le shōgun et l’empereur. Dans cet anecdote, abondamment rapportée par les partisans de la légende noire, l’idée du banquet aurait d’ailleurs été proposée par Nobunaga afin de vérifier la fidélité des seigneurs alentours et de servir de prétexte à de nouvelles conquêtes. Cependant des recherches récentes mirent en évidence des dissensions fortes entre le shōgun et Asakura Yoshikage. Ce dernier était ainsi en train de conquérir la province de Wakasa 若狭国, alors tenue par Takeda Motoaki 武田元明, neveu du shōgun. Asakura Yoshikage parvenant à s’emparer rapidement de la province, le fit emprisonner. Ce qui constitua certainement un motif suffisant pour inciter Nobunaga à réagir.

Il décida donc de marcher sur le territoire du clan Asakura, au nord de Kyōto, et il fit mettre le siège sur le château de Kanegasaki 金ヶ崎, mais son armée fut alors attaquée par le clan Azai, trahissant le clan Oda car allié de longue date des Asakura (et s’alliant qui plus est également à un autre clan de la région et à un Ikkō ikki). Nobunaga et son armée purent de justesse organiser une retraite, où Akechi Mitsuhide et Kinoshita Hideyoshi (ancien rôturier au service de Nobunaga depuis ses débuts et futur Toyotomi Hideyoshi) s’illustrèrent malgré tout.

En juin, les troupes d’Oda défirent à nouveau le clan Rokkaku qui cherchaient à profiter de la débâcle, puis, l’armée de Nobunaga s’étant ressaisie près de la capitale, elle se redirigea vers le territoire du clan traître des Azai, visant aussi le territoire du clan Asakura qui se trouvait plus loin. Les troupes de Tokugawa Ieyasu se joignirent aux forces d’Oda alors que les forces du clan Azai se joignirent au clan Asakura. La rencontre des forces armées eut lieu à Anekawa 姉川 et se conclua par la victoire de l’alliance Oda-Tokugawa, permettant le contrôle de la province d’Ōmi et repoussant les clans Azai et Asakura plus au nord.


En août, Nobunaga se tourna vers la province de Settsu 摂津国 (région d’Ōsaka), où les dernières forces vives du clan Miyoshi avaient commencé à lever une armée. Ayant la main sur la région, le Ishiyama Honganji, qui dirige donc parallèlement plus ou moins tous les Ikkō ikki du Japon central, se sentit menacé et vit d’un mauvais œil l’arrivée des troupes d’Oda Nobunaga. Il commença donc à lever également une armée.
Ceci donna lieu aux batailles des châteaux de Noda 野田城 et de Fukushima 福島城(construits par les Miyoshi), étendues sur un mois, perdues par les forces Oda, les forçant à se replier sur la capitale. Au final, c’était le début d’un conflit ouvert qui dura presque 10 ans. A noter que le shōgun Ashikaga Yoshiaki envoya aussi des missives pour que ses vassaux directs de la région soutiennent Nobunaga. De leur côté, les Miyoshi eurent le concours du Honganji, du clan Azai, des moines guerriers du Enryakuji et des moines guerriers de l’école bouddhiste Saika 雑賀衆 (pouvant être aussi lu « Saiga »), bataillon de mercenaires qui étaient réputés pour l’emploi de l’arquebuse, nouvelle arme à laquelle ils s’entraînaient depuis leur plus jeune âge (l’arquebuse avait été introduite 27 ans plus tôt, elle fut rapidement reproduite et produite en toujours plus grande quantité).

Début septembre, le grand prêtre du Honganji envoya des missives auprès de leurs croyants et des seigneurs Asakura et Azai, afin de tenter de diviser les armées de Nobunaga sur deux fronts opposés (un au Sud-Ouest et l’autre au Nord-Est de la position de Nobunaga). Aidé de formations d’arquebusiers et de porteur d’ōzutsu, les forces de Nobunaga prirent quelques places fortes et les Miyoshi, se sentant fortement menacés, envoyèrent une délégation pour faire la paix. N’ayant que très peu diminuer les forces des Miyoshi et du Honganji, Nobunaga refusa et voulurent reprendre l’attaque mais les combats se déroulant dans un delta, ils furent soumis au problème d’une grande marée.


Parallèlement, sur le front Nord-Est, les armées des clans Asakura et Azai se mirent en branle. Le petit frère de Nobunaga, Nobuharu 織田信治, et l’un de ses meilleurs vassaux, Mori Yoshinari 森可成, qui gardaient une position fortifiée dans les environs, décidèrent d’engager leurs forces. Entre temps, le temple du Enryakuji, qui avait également reçu une missive de la part du temple du Honganji, décida de joindre ses forces de moines guerriers à celles des clans Asakura et Azai, tombant sur le flanc des forces Oda. Le vassal d’Oda Nobunaga, Mori Yoshinari, avec Oda Nobuharu, repoussèrent d’abord les forces ennemies mais à 2 000 (1 000 à 3 000 selon les sources) contre 30 000, ils furent repoussés et moururent au cours de cette bataille du château d’Usayama 宇佐山城, une position que Nobunaga faisait tenir depuis son arrivée sur la capitale.

Le reste de leurs forces se retrancha dans le château d’Usayama, attendant les secours d’Oda Nobunaga. Ne pouvant prendre le château, les forces ennemies mirent le feu aux villages alentours. Oda Nobunaga, qui avait quitté le front Sud-Ouest, se déplaça jusqu’au front Nord-Est, mettant en fuite les forces des clans Asakura et Azai. Ces derniers allèrent notamment se réfugier sur le mont Hiei, propriété même du temple Enryakuji.

C’est dans ces circonstances que Nobunaga fit encercler le Mont Hiei sous les ordres d’Akechi Mitsuhide, donnant la scène qu’on voit dans le « documentaire » Netflix. Longtemps, les historiens, se basant sur les écrits (parlant des faits quelques années après la mort de Nobunaga), évoquèrent un massacre abominable et l’incendie de l’ensemble des bâtiments du temple. Cependant, l’étude des lettres et missives d’époque retrouvées ont prouvé que Nobunaga avait d’abord envoyé une missive au Enryakuji, lui demandant de rejoindre les rangs du clan Nobunaga (et combattre les Asakura et Azai) en échange de récupérer ses anciennes terres passées sous la coupe de Nobunaga ; ou bien de demeurer à tout le moins neutre. Il était stipulé cependant que si, dans le cas contraire, il se joignait aux Asakura et Azai, Nobunaga promettait qu’il abattrait le temple par les flammes.
Avec quelques milliers de guerriers à disposition, le temple n’était pas sans défense. Le siège pris du temps et certaines rébellions d’anciens ennemis apparurent, profitant du fait que Nobunaga soit plus ou moins bloqué au pied du Enryakuji. Ainsi les Rokkaku se rebellèrent de nouveau et furent assez rapidement matés par des vassaux de Nobunaga. Le Honganji et les Miyoshi tentèrent aussi une attaque en se dirigeant vers Kyōto mais furent là aussi repoussés par un vassal de Nobunaga en novembre.

Dans le même temps, en septembre (au début de la mise en place du siège du Enryakuji), le Honganji envoya des émissaires armés pour créer un ikkō ikki à partir d’un de leur domaine, à proximité de la région d’origine de Nobunaga. Il s’agit du ikkō ikki de Nagashima, un soulèvement organisé donc à l’instigation du Honganji et qui reçut l’appui de petits seigneurs locaux de la province d’Ise. Nobunaga, occupé avec le Honganji et les Miyoshi d’une part, et les clans Asakura et Azai, alliés au Enryakuji d’autre part, ne put envoyer aucune aide pour pacifier la région. Après avoir fait tomber le château de Nagashima, le ikkō ikki s’attaqua en novembre à la province d’Owari, province d’origine d’Oda Nobunaga, et attaqua le château de Kokie 古木江, où demeurait l’un de ses petits frères. Les spécialistes s’accordent à dire qu’il s’agit du frère en qui Nobunaga avait le plus confiance, Oda Nobuoki 織田信興. Malheureusement, en l’absence de renforts militaires, le château fut pris et Nobuoki se suicida, alimentant l’éventuel ressentiment que pouvait avoir Nobunaga contre les ikkō ikki.

Fin novembre, Nobunaga tenta une attaque sur le mont Hiei en voulant prendre possession du fort de Katada 堅田城, aux abords du lac Biwa, mais celle-ci fut repoussée par le clan Asakura, aidé de quelques membres de ikkō ikki, descendant du mont Hiei où se trouve le Enryakuji, et entraînant la mort d’un autre vassal de haut rang de Nobunaga, Sakai Masahisa 坂井政尚.

Le siège dura deux mois, au terme duquel un traité de paix fut mis en place en décembre par l’intermédiaire de l’empereur et du shōgun Ashikaga entre Nobunaga et les clans Azai et Asakura et à la demande de ce dernier. Le Enryakuji refusa le traité mais un ordre direct de l’empereur les y contraignit.
Ce furent, malgré tout, ces différents belligérants qui causèrent du fil à retordre à Nobunaga pendant les 10 années qui suivirent.
1571
Ainsi, en mai 1571, Nobunaga leva une nouvelle armée pour s’occuper du ikkō ikki de Nagashima, qui avait poussé son frère au suicide quelques mois plutôt. L’offensive fut toutefois repoussée, entraînant la mort de Ujiie Naomoto 氏家直元 et les blessures de Shibata Katsuie 柴田勝家, deux vassaux importants de Nobunaga.

Le clan Azai profita de l’éloignement de l’armée de Nobunaga pour reprendre les armes en s’alliant avec des ikkō ikki locaux mais fut défait par un des vassaux de Nobunaga resté sur place.
Parallèlement, du côté d’Ōsaka, un des vassaux des Miyoshi, Shinohara Nagafusa 篠原長房 venant de l’île de Shikoku appuya une offensive des Miyoshi qui, aidée notamment de seigneurs locaux (des vassaux ayant trahit Nobunaga), put avancer jusqu’aux portes de Kyōto en juin, détruisant et brûlant complètement la ville au pied du château de Takazuki 高槻城. Cette attaque ne put être définitivement défaite que fin août – début septembre, par l’envoi de nouvelles forces combinées du shōgun et de Nobunaga.
Début septembre, Nobunaga s’attaqua avec succès aux châteaux de Shimura 志村城 et Ogawa 小川城, points de départ de nombreuses attaques du clan Rokkaku et des Ikkō ikki avec qui ils opéraient.

Du fait entre autres de tous ces conflits, les chercheurs se basant sur les ouvrages de l’époque avaient dressé pendant longtemps une vision très négative de Nobunaga, le montrant comme une brute sanguinaire et agressive. Les recherches actuelles tendent cependant à montrer une image un peu moins sombre, sans pour autant blanchir complètement le personnage. Il semble ainsi que Nobunaga se pensait alors et était même considéré comme la véritable force armée du shōgun et, fidèle à son slogan de faire renaître le Bakufu, avait besoin de pacifier la région en éliminant les forces armées pouvant représenter une menace pour la capitale.

Le Enryakuji, avec sa position, était un point clé pour l’accès à la capitale par le Nord-Est. De plus, avec sa force militaire importante (le mont Hiei aurait d’après les textes été capable d’abriter plusieurs milliers de guerriers) et son influence politico-économique sur la région était très importante, allant même jusqu’à constituer une sorte d’état indépendant, avec à sa tête, le grand prêtre du Enryakuji. Ayant pris part à la guerre l’année précédente et ayant été réticent à se ranger du côté de Nobunaga, ou du moins à adopter une attitude neutre dans le conflit contre les clans Azai et Asakura, Nobunaga, fidèle à sa promesse de l’année précédente, décida donc de mettre un terme aux risques que présentait une telle force dans les parages de la capitale et dirigea ses forces vers le mont Hiei. Sentant venir le danger, le Enryakuji envoya 500 pièces de 4,5 g d’or afin de négocier et demander l’arrêt de l’offensive. Nobunaga refusa et renvoya l’argent.
Selon les récits anciens (postérieurs à l’attaque), après que les populations environnantes se soient réfugiées dans la montagne, le 12 septembre, les troupes d’Oda Nobunaga, dirigées par l’un de ses vassaux principaux, Akechi Mitsuhide, gravirent le mont, incendiant et détruisant tous les bâtiments de la montagne, mais aussi tuant et exécutant des milliers de personnes (entre 1500 et 4000 suivant les sources), hommes, femmes et enfants compris. Il s’agit de la version présentée dans le documentaire netflix.

Cependant, des fouilles archéologiques sur le site, menées en 1980, tendent à montrer que sauf pour deux bâtiments, toutes les traces d’incendie sur le reste du site sont antérieures au XVIe siècle (en 1499, près de 70 ans plus tôt, le général de l’armée du shōgun, Hosakawa Masamoto 細川 政元, avait aussi incendié le Enryakuji). De plus, les traces d’occupation et d’implantation de bâtiments au XVIe siècle semblent avoir été beaucoup plus tenues et limitées que ce que l’on pensait. Il n’est pas impossible que les textes ultérieurs à l’incident puissent avoir tenter d’envenimer les choses, en faisant porter le chapeau de destructions antérieures à l’armée de Nobunaga.

Concernant le « massacre » également, les points de vue se sont quelques peu modifiés. Certains textes longtemps sous-évalués se sont vus accordé plus de crédit, comme le « Tamon’in nikki » 多聞院日記 (un récit journalier par les moines du Tamon’in de Nara, des différents évènement de la période allant de 1478 à 1618) qui précise que bon nombre de moines du Enryakuji avaient fui et étaient descendus de la montagne au moment de l’attaque. Le faible nombre de traces d’incendie conforterait ainsi l’hypothèse que les destructions, et les massacres qui y ont été associés, ont pu être très fortement exagérés.
Il n’est pas ici question de remettre en question un acte de la part de Nobunaga contre le Enryakuji. Il ne fait aucun doute qu’il ait eu lieu, mais certainement pas dans les proportions qu’on lui a prêté pendant longtemps. Après l’attaque, Oda Nobunaga fait même construire un château à Sakamoto 坂本, au pied du mont Hiei, dans le but de surveiller notamment le Enryakuji, signe que ce dernier ne devait pas avoir été complètement réduit en cendres, et les nombreuses possessions territoriales du temple furent confisquées au profit des vassaux de Nobunaga. Les forces appartenant au Enryakuji se réfugièrent quant à elles principalement auprès de Takeda Shingen 武田信玄.

1572
En mars 1572, le clan Miyoshi et le seigneur Matsunaga (que des dissensions avec le shōgun avaient amené à rejoindre le camp adverse) conjuguèrent leur force pour menacer Kyōto, mais furent mis en échec par des vassaux du shōgun et de Nobunaga.
En juillet, les forces de Nobunaga firent également face à des escarmouches des clans Asakura et Azai, mais là aussi, ces attaques purent être repoussées.
En novembre, au Nord-Est, Takeda Shingen 武田信玄 commença à menacer les positions de Tokugawa Ieyasu. En effet, Takeda Shingen et Oda Nobunaga s’entendait bien jusqu’à la destruction (partielle donc) et le contrôle des territoires du Enryakuji. Mais passé cet évènement violemment critiqué par Shingen (même si on ignore si c’était la raison exacte et non pas un des prétextes), ce dernier décida d’attaquer et d’envahir les territoires de Tokugawa Ieyasu, l’allié de Nobunaga, et ce, sans avertissement préalable. Takeda Shingen était alors l’un des plus grands seigneurs du Nord-Est du Japon. Pendant longtemps, on imagina que Shingen intervint à la demande du shōgun, pour contrer le pouvoir de Nobunaga, mais les recherches récentes ont tendance à se désintéresser de cette ancienne théorie, faute de preuves avec les correspondances retrouvées. Une proposition de lois de la part de Nobunaga pour toujours contrôler le shōgun pourrait avoir été la raison majeure du début du conflit entre Shingen et Nobunaga.
En octobre 1572, Shingen pénètra sur le territoire de Tokugawa Ieyasu, allié de Nobunaga, avec une puissante force armée. Plusieurs des vassaux de Tokugawa trahirent et lui livrèrent leur château, favorisant son avance.

Tokugawa Ieyasu n’était pas dans une situation où il pouvait lever de nombreux hommes (les voies de communication étaient majoritairement coupées par les forces du clan Takeda). Aussi, pour protéger son territoire, il partit pour effectuer une attaque surprise, mais fut devancé par Shingen, et contre l’attente de Ieyasu, un combat direct eut lieu à Hitokotozaka 一言坂. Il put en réchapper in extremis grâce à une retraite protégée par l’un de ses principaux vassaux, Honda Tadakatsu 本多 忠勝, et se réfugier au château de Hamamatsu 浜松城, son château principal.

En décembre, Oda parvint enfin à envoyer un soutien militaire malgré les troubles qu’il doit gérer près de Kyōto. Ieyasu s’attendait à un siège de son château mais l’armée de Shingen bifurqua pour laisser Ieyasu et son armée dans son château. Recevant les renforts espérés de Nobunaga, Ieyasu décida de lancer une offensive sur les arrières de Shingen, dans la plaine de Mikatagahara 三方ヶ原, le 22 décembre. Cependant l’armée de Shingen, bien préparée et sur la défensive, put les vaincre en seulement deux heures, Ieyasu et, de manière indirecte Nobunaga, perdirent de nombreux vassaux. Ieyasu s’en sortit une fois de plus de justesse. S’en suivit des séries de combat entre les forces de Tokugawa et celles de Takeda qui progressaient vers l’ouest. C’est l’annonce de la défaite de Mikatagahara qui mit officiellement fin à l’alliance entre Nobunaga et Shingen.

D’un point de vue économique, c’est aussi en 1572 que Nobunaga développe à nouveau la politique de « rakuichi rakuza« , en autorisant la ville de Kanemori 金森, dans la province d’Ōmi 近江, à bénéficier de ces mesures favorisant le commerce, et relançant l’économie locale.
1573

En 1573, les forces du clan Takeda attaquèrent avec succès le château de Noda et l’assiégèrent pendant 2 mois (janvier et février 1573). Cependant, Takeda Shingen y fut blessé par un tir d’arquebuse. Le film « Kagemusha » illustre le fait que Shingen en serait mort, mais one est désormais à peu près sûr qu’il s’agissait d’une maladie. Shingen est dit tombé malade et crachant du sang au cours de ces quintes de toux. Cette maladie empira rapidement et Shingen décida de revenir dans sa région originelle, la province de Kai 甲斐, où il y mourut le 12 avril, mettant en pause l’avance des forces Takeda vers le Sud. Cette situation changea complètement l’échiquier des forces en présence. Les forces de Tokugawa Ieyasu commencèrent alors à reconquérir les châteaux perdus.

Dans la capitale, de février à juillet, une série de batailles eut lieu alors que le shōgun décida de s’opposer clairement à Nobunaga. En effet, dès octobre, d’après certains ouvrages postérieurs, Ashikaga Yoshiaki se serait rapproché des clans Asakura et Azai, et du Honganji, tout en espérant l’arrivée des troupes du clan Takeda, afin d’encercler les forces d’Oda. Mais cette interprétation des faits est troujours sujette à caution.
Toujours est-il que les forces du shōgun se retranchent dans différents ouvrages fortifiés et notamment le château de Nijō 二条城 à Kyōto. Une tentative de négociation de la part de Nobunaga, en demandant la fille de Yoshiaki en otage (une pratique courante à l’époque), n’aboutit pas et le 20 février, il fait attaquer avec succès les positions fortifiées de Imakatata 今堅田 et Ishiyama 石山, tenus par un vassal direct du shōgun.

Puis, en mars, le shōgun se rapproche des Miyoshi, et Nobunaga fait assiéger les positions fortifiées des forces du shōgun. La situation se résorbe en avril avec un ordre impérial, sommant Nobunaga et les forces du shōgun de stopper les hostilités. Le shōgun décida cependant de faire fi de la proposition et leva de nouveau une armée en se retranchant dans la position fortifiée de Makishima 槇島城 à Kyōto. Les forces de Nobunaga passèrent de nouveau à l’offensive et anéantirent les défenses, les vassaux du shōgun se rendant les uns après les autres assez rapidement.
Suite à cet acte, Nobunaga ordonna que le shōgun fut envoyé au château des Miyoshi. ,Ce fait est généralement interprété comme prouvant que Nobunaga ne souhaitait pas être connu comme étant l’homme qui aurait mis fin aux jours du shōgun. Pendant longtemps, les années qui suivirent furent aussi interprétées comme étant le reflet d’une volonté d’unifier le Japon sous sa coupe, mais des recherches récentes, basées sur de nouvelles correspondances découvertes plus récemment, apportèrent une nouvelle interprétation de ces conflits, en n’y voyant que le résultat d’une opposition entre le shōgun, voulant anéantir Nobunaga en utilisant différent seigneurs, et Nobunaga cherchant à maintenir stabilité et unité dans les régions sous sa coupe. Dans les faits cependant, Nobunaga devint bien le leader militaire de la région.
La fin des clans Asakura et Azai
En août 1573, un des vassaux du clan Azai, Atsuji Sadayuki 阿閉貞征, ayant trahi pour rejoindre Nobunaga, ce dernier en profita pour menacer les positions du clan Azai et, après avoir fait tomber quelques petites places fortes, parvint à assiéger le château d’Odani 小谷城, forteresse principale du clan Azai. Une armée de soutien, menée par Asakura Yoshikage, allié de toujours du clan Azai, fut levée, mais de violents orages accompagnés de bourrasques ralentirent l’avancée.

Nobunaga aurait alors profité des intempéries pour s’attaquer, avec une petite force armée, à une position avancée du clan Asakura (le fortin d’Ōtake 大嶽砦) et une autre position tenue par des moines guerriers du temple Heisenji 平泉寺 de la province d’Echizen 越前, qui soutenaient également le clan Asakura. L’opération fut un succès et engendra une déroute dans le camp adverse. Nobunaga mena alors une poursuite des forces Asakura qui les mena dans la vallée de Tonezaka 刀根坂, où les forces Asakura périrent en grand nombre (le chiffre de plus de 3000 morts est avancé dans les écrits mais a pu être exagéré pour valoriser la victoire de Nobunaga). Toujours est-il que de nombreux grands vassaux et membres du clan Asakura y périrent, et Asakura Yoshikage parvint de justesse à se réfugier dans le château d’Ōdani avec une dizaine d’hommes restants.

En apprenant la défaite des forces Asakura par les rescapés, près de la moitié des défenseurs du château désertèrent. Asakura Yoshikage, désavoué par nombre de ses guerriers, fuya le château pour se réfugier dans un temple à Ōno 大野 (province d’Echizen 越前). Le lendemain de son départ, les forces d’Oda Nobunaga lancèrent une grande offensive sur le château d’Odani, brisant les défenses et forçant Azai Nagamasa et son père, Hisamasa 久政, à se suicider, mettant fin au clan Azai. Ils incendièrent ensuite complètement le château « pendant trois jours et trois nuits ». Deux jours plus tard, suite à une trahison, Asakura Yoshikage fut trouvé dans son monastère et se suicida, mettant définitivement un terme au clan Asakura.

Les têtes des Azai père et fils furent ramenées à la capitale pour être montré à la population (comme c’était souvent le cas pour des fomenteurs de rébellion), et le fils d’Azai Nagamasa, âgé de 10 ans, découvert sans vie alors qu’il devait probablement fuir, se fit crucifier sur ordre de Nobunaga. Deux clans très longtemps ennemis d’Oda Nobunaga disparaissaient ainsi.
Selon le « Shinchō kōki » et le « Azai Sandaiki » 浅井三代記, au nouvel an de l’année 1574, l’année suivante, Oda Nobunaga aurait, à sa table privée, présenté à ses plus proches convives des crânes humains laqués et recouverts de feuille d’or, qui seraient ceux de Asakura Yoshikage et les Azai père et fils. Selon le « Azai sandaiki », ces crânes auraient d’ailleurs été transformé en coupe pour boire (une pratique qui existait dans l’antiquité japonaise notamment). Certains historiens y ont vu tour à tour la froideur de Nobunaga, ou bien, une marque de respect envers ses anciens ennemis. Il semble cependant, d’après les recherches les plus récentes et l’absence de preuve concernant la véracité des faits, que cette histoire devenue très célèbre ne soit en fait qu’une sombre légende sans véritable fondement.

Fin septembre, Nobunaga réunit une force armée pour la diriger contre le ikki de Nagashima, à Ise. Après avoir fait tomber plusieurs fortins en 15 jours, les forces de Nobunaga se heurtèrent à une incroyable résistance, les forçant à se replier, et des attaques répétées du ikki alors qu’ils se retiraient ne permit pas à la situation d’évoluer.
En novembre 1573, alors que l’ancien shōgun Ashikaga Yoshiaki se retire dans la province de Kii 紀伊国, les forces d’Oda Nobunaga, menées par Sakuma Nobumori 佐久間信盛, attaquèrent Miyoshi Yoshitsugu 三好 義継 qui suite à des trahisons de vassaux directs, fut défait et conduit au suicide. Fin décembre, Matsunaga Hisahide se soumit également aux forces d’Oda Nobunaga.
1574
Les conflits ressurgirent cependant de nouveau quelques mois plus tard. En janvier 1574, dans l’ancien fief du clan Asakura (la province d’Echizen) devenue possession de Nobunaga, un ikkō ikki soutenu par le Honganji éclate. De plus, le même mois, le fils de Takeda Shingen, Katsuyori 勝頼, fit envahir la province de Mino par l’Est. Laissant la gestion du ikki à ses vassaux sur place, Nobunaga se porta à la rencontre avec une armée de 30 000 hommes mais lorsqu’il arriva, les forces Takeda avaient déjà pris possession de 17 châteaux, dont celui d’Akechi 明智城, obligeant Nobunaga à se replier sur le château de Gifu.

La fin du ikkō ikki de Nagashima à Ise
En juillet, Nobunaga décida de mettre un terme au ikkō ikki de Nagashima sévissant à Ise et fragilisant ses positions. Combinant forces terrestres et forces navales, il assiégea complètement les retranchements du ikkō ikki à Nagashima, bombardant aux canons les différents fortins. Il y eut de fortes résistances mais la faim et le manque d’hommes se firent sentir.

Début août, environ 1 000 hommes et femmes tentèrent de s’échapper du siège du château d’Ōtorii 大鳥居城 mais furent attaqués et tués. D’autres garnisons de forts aussi firent semblant de se rendre sous prétexte de promettre de servir Oda Nobunaga et demander à fuir vers le fort principal de Nagashima pour mieux trahir les assiégés. Nobunaga accepta, considérant à juste titre qu’une augmentation du nombre d’assiégés ne pourrait que lui être favorable, du fait d’une diminution plus rapide des réserves du fort. La famine commença alors effectivement à faire des ravages dans le château principal de Nagashima.
Fin septembre, les assiégés demandèrent à se rendre et beaucoup tentèrent de s’enfuir en prenant des bateaux, mais Nobunaga ne le permit pas et fit tirer à l’arquebuse sur les fuyards. Près de 800 soldats du ikkō ikki prirent alors les armes (notamment des arquebuses) et tentèrent une percée sur un point faible du dispositif du siège. Ils causèrent entre 700 et 1000 morts dans le clan Oda, parmi lesquels un petit frère et un beau-frère (même père mais pas la même mère) d’Oda Nobunaga. Au total, la guerre contre le ikkō ikki de Nagashima coûta près de 7 parents proches de Nobunaga. La petite percée permis à des fuyards de se diriger vers le Honganji. Apprenant le désastre, Nobunaga, qui n’était pas au niveau de la percée, décida de passer à l’offensive et de défaire les deux derniers forts en les attaquants par le feu, ne laissant aucune possibilité aux assiégeants de fuir.

Les ouvrages postérieurs à l’évènement évoque le fait que près de 20 000 hommes et femmes périrent au sein de la forteresse, sans aucune possibilité de vérification. On ne sait pas non plus si parmi ces 20 000 victimes, les morts dû à la faim furent comptés ou non. Quoi qu’il en soit, avec l’un des chiffres les plus importants en terme de pertes humaines (ce qui permit de consolider la théorie de la cruauté folle d’Oda Nobunaga), c’en était fini du ikkō ikki de Nagashima.
La déroute du clan Takeda

De 1574 à 1575, le clan Takeda s’employa donc à menacer de nouveau les possessions des clans Oda et Tokugawa. Après l’est de la province de Mino, Takeda Katsuyori dirigea ses forces vers la province de Tōtōmi 遠江国, appartenant à Tokugawa Ieyasu. En septembre, les forces Takeda parvinrent même jusqu’au château de Hamamatsu et l’incendièrent, avant de se replier pour l’hiver.
1575
En avril 1575, Takeda Katsuyori leva à nouveau une armée pour châtier Okudaira Nobumasa 奥平信昌, un ancien vassal qui avait trahi en faveur du clan Tokugawa l’année précédente. Ce denier s’étant réfugié dans le château de Nagashino 長篠城, les forces Takeda se dirigèrent sur cette position et y parvinrent en mai. Grâce à la résistance des défenseurs, le siège traîna en longueur, laissant aux forces réunies des clans Oda et Tokugawa le temps de se rassembler à proximité et de créer un retranchement, au bord d’un petit cours d’eau, avec des barrières pour bloquer les chevaux, les babōsaku 馬防柵.
Takeda Katsuyori décida donc de diviser ses troupes en maintenant une force contre le château de Nagashino, et en menant la force principale contre les positions des clans Oda et Tokugawa. Pensant à une victoire facile, il fit fi des conseils de ses grands vassaux et passa à l’attaque.


En face, l’armée d’Oda et de Tokugawa comportait le double de guerriers, et surtout 1000 à 3000 arquebuses (nombre variant en fonction des estimations). En utilisant un système de tirs sur trois rangs, le plus gros des forces Takeda, s’entêtant à charger les barrières, fut décimé et plusieurs grands vassaux et fins stratèges périrent, portant un puissant coup d’arrêt à toutes les vélléités de conquête de Takeda Katsuyori, qui décida de rapidement se replier. C’est la première fois où les arquebuses furent utilisées en aussi grande quantité et avec autant d’efficacité dans l’histoire du Japon. Son emploi fut véritablement décisif et représentatif du fait que Nobunaga, s’intéressant de près à ce qui provenait d’occident, sut avec intelligence les faire adapter aux contraintes techno-économiques japonaise.

Les Takeda subissant une lourde défaite, Nobunaga écrivit même une lettre où il signifia que pour la sécurité du territoire sous son contrôle, il ne resterait plus qu’à vaincre le Honganji, le temple contrôlant les ikkō ikki de la région.
En juillet, l’empereur Ōgimachi 正親町天皇 souhaita donner un nouveau poste gouvernemental à Nobunaga, mais celui-ci déclina et proposa en échange de donner différentes nominations à certains de ses vassaux, ce que l’empereur accepta.
En août, Nobunaga fit lever une nouvelle armée et pacifia le ikkō ikki, démarré l’année précédente dans la province d’Echizen. Il en profita ensuite pour renforcer les nouveaux liens de vassalité avec les seigneurs locaux (on le rappelle anciennement vassaux du clan Asakura) et installer un de ces principaux vassaux, Shibata Katsuie 柴田勝家, à la tête de la région.

Avec la fin des ikkō ikki sur son territoire, Nobunaga décida de pardonner au Honganji et, en octobre, lui proposa avec succès des négociations de paix, mettant fin pour l’instant à tous les conflits dans la zone.
En novembre 1575, Nobunaga fut nommé Gon-Dainagon 権大納言 (« grand conseiller ») puis de manière cumulative Migi konoe no daishō 右近衛代将 (« général de la garde de droite ») par l’empereur. Celà correspond aux mêmes fonctions qu’occupaient Minamoto no Yoritomo 源頼朝, lorsque ce dernier prit la position de Shogun et mit en place le gouvernement du bakufu, à la fin du XIIe siècle.
C’est à cette période que Nobunaga commença également à redistribuer les terres en subdivisant les fiefs existants des seigneuries et des temples et monastères. Il commença aussi à faire preuve d’autorité sur la cour impériale et l’empereur lui-même, ce qui eut pour conséquence directe qu’on commença à lui donner le nom de « Ue sama » 上様, une appellation honorifique employée pour s’adresser aux nobles de la cour.
C’est alors également qu’il s’affirma en tant que « Tenkabito » 天下人, c’est-à-dire comme la personne la plus puissante et la plus influente du centre du Japon (région du Kinai, l’appellation ne couvre pas encore l’ensemble du Japon, contrairement à ce qui a longtemps été pensé). Avec cette position, alors que Nobunaga cherchait jusqu’à présent à maintenir une continuité avec le système du bakufu de Muromachi (système d’unification du pays sous la gouverne des Ashikaga), il semble progressivement basculer vers une politique anti-bakufu. On notera cependant qu’il ne se fit jamais appelé par des noms destinés à désigner le shōgun ou l’empereur, ou encore leurs membres familiaux : Muromachi dono 室町殿, Kubō sama 公方様, Goshō sama 御所様 ou encore Buke 武家. De même, la cour semblait maintenir une distinction entre le pouvoir du shōgun et Nobunaga.

Le deuxième encerclement du clan Nobunaga
Fin novembre 1575, le fils légitime aîné de Nobunaga, Nobutada 織田信忠 fut fait chef du clan Oda, recevant les fiefs des provinces d’Owari et de Mino, avec le château de Gifu pour résidence principale.
1576
En janvier 1576, Nobunaga fit démarrer le projet de construction dans la province d’Ōmi, à Azuchi 安土, de son château, sous la supervision de son vassal Niwa Nagahide 丹羽長秀. La construction démarra effectivement en avril. Jusqu’à ce qu’il fut fini, Nobunaga résida dans la demeure de Sakuma Nobumori 佐久間信盛.

Parallèlement, l’ancien shōgun Ashikaga s’était réfugié auprès du clan Mōri 毛利 dans l’ouest de l’île de Honshū 本州. Il planifiait depuis quelques temps déjà un stratagème pour encercler les forces d’Oda Nobunaga, en prenant notamment appui, en plus du Honganji, sur le clan Mōri, le clan Ukita 宇喜多, le clan Uesugi 上杉 et le clan Matsunaga 松永. Ce mouvement du shōgun entraîna de nouvelles tensions. Ainsi dés janvier, Hatano Hideharu 波多野秀治, de la province de Tanba 丹波 (au nord-ouest immédiat de Kyōto), débutait une rébellion, alors que le Ishiyama Honganji levait de nouveau une armée.
En avril, Nobunaga fit levé une armée à Ōsaka dirigée par quatre de ses vassaux (Ban Naomasa 塙直政, Araki Murashige 荒木村重, Akechi Mitsuhide 明智光秀 et Hosokawa Fujitaka 細川藤孝), pour attaquer le Ishiyama Honganji. Cependant, suite à la prise de position de Nobunaga contre le shōgun, et l’éradication du ikkō ikki de Nagashima, de nombreux moines guerriers de l’école Saika, redoutables à l’arquebuse, se placèrent aux côtés du Honganji.


Lors d’une offensive du Honganji début mai, de nombreux guerriers, dont Ban Naomasa, de l’armée de Nobunaga furent tués et l’armée fut encerclée dans la position retranchée du Tennōji 天王寺. Nobunaga envoya rapidement une petite armée de secours de 3 000 hommes qu’il dirigea lui-même. Le combat fut acharné et Nobunaga fut même blessé (légèrement) à la jambe par une balle d’arquebuse, mais il parvint à joindre ses forces avec l’armée des assiégés, dirigée par Akechi Mitsuhide, et à défaire les forces du Honganji, brisant le siège.
A la suite de ce siège, les forces de Nobunaga inversersèrent la tendance et isolèrent celles du Honganji, pour les forcer à se retrancher sur le territoire du temple et les assiéger à l’aide d’un blocus, que ce soit par mer et par terre.
En juillet, le clan Mōri répondit à l’appel à l’aide du Honganji et envoya, avec l’aide de la flotte du clan Murakami 村上 (un clan composé de nombreux pirates contrôlant les passes entre les îles de la mer intérieur du Japon), 700 à 800 bateaux pour mettre fin au blocus (Nobunaga ne disposait que de 300 navires). S’engagea alors la première bataille de la Kizugawa, à l’embouchure de la rivière Kizugawa 木津川 (actuellement à Ōsaka).


L’utilisation en grand nombre de grenades incendiaires (hōroku biya 焙烙火矢) par la flotte du clan Mōri, leur permit d’incendier un grand nombre de navires de Nobunaga (notamment tous les plus gros bateaux) et de briser le blocus, pour envoyer vivres et armement au Honganji. Le siège et le blocus sur le Honganji furent malgré tout maintenus du côté terrestre.



Fin novembre, Nobunaga fut promu au cinquième grade de la cour (Shōsanmi 正三位).
C’est également en 1576, qu’il réorganisa son armée de la province d’Owari (sa province d’origine) en fonction des armes (archer, arquebusier, garde à cheval, garde à pied, infanterie) pour les faire stationner dans son nouveau château à Azuchi.
1577
En février 1577, Nobunaga leva une armée importante (près de 30 000 hommes) pour soumettre l’école bouddhiste Saika, dont les moines avaient à de nombreuses reprises participé à des guerres en s’alliant contre Nobunaga. Un mois plus tard, Suzuki Magoichi 鈴木孫一, le seigneur à la tête des moines guerriers de l’école, se rendait, mais le conflit évolua en guérilla, parvenant jamais à pleinement y mettre un terme.
En août 1577, Matsunaga Hisahide lança aussi une rébellion contre Oda Nobunaga tout en restant dans son fief, pour soutenir les mouvements opérés par l’ancien shōgun et le Honganji. Il fut alors attaqué par une armée menée par Oda Nobutada et il se suicida en octobre.

Fin novembre, Nobunaga fut nommé au quatrième grade de la cour (« jun’nii » 従二位) et ministre de la droite. Il fut même promu au troisième grade (« shōnii » 正二位) deux mois plus tard.
Le début de la conquête de la région du Chūgoku 中国

Le Chūgoku 中国 désigne la partie ouest de l’île principale de Honshū. Or, en mars 1578, Bessho Nagaharu 別所長治, de la province de Harima 播磨 (actuelle région de Kōbe 神戸 et Himeji 姫路) , qui s’était rapproché l’année précédente de Nobunaga, face à l’avance du clan Mōri sur des territoires limitrophes, se rebella quand Nobunaga envoya une puissante armée (à la tête de laquelle se trouvait son vassal, Hashiba Hideyoshi 羽柴秀吉, futur Toyotomi Hideyoshi) pour s’opposer aux forces des Mōri en contrôlant notamment le château de Kōzuki 上月城. Son armée y laissa un descendant du clan Amago (ancien rival du clan Mōri), Amago Katsuhisa 尼子勝久 et ses forces y prirent position. Hashiba Hideyoshi assiégea alors le château de Miki 三木城, où se réfugiait Bessho Nagaharu.

A la même époque, en mars donc, Uesugi Kenshin décéda, ce qui déclencha des troubles concernant sa succession, notamment dans la province d’Etchū 越中国. Nobunaga ne manqua pas également de se joindre à la lutte de pouvoir dans la région, afin que certains de ses vassaux puissent s’installer sur les territoires du clan Uesugi.
En avril, Nobunaga quitta son poste de ministre de la droite et de général de la garde de droite. On pense qu’il souhaitait alors que son héritier prenne ses positions mais ce ne fut jamais le cas. Au même moment, l’armée du clan Mōri atteignit le château de Kōzuki et engagea le combat contre les forces de Amago Katsuhisa 尼子勝久.

En juillet, alors que Nobunaga avait envoyé l’ordre à Amago Katsuhisa de se replier avec l’aide d’une nouvelle force armée en soutien, ce dernier refusa et préféra s’enfermer dans le château de Kōzuki, l’amenant à sa perte et au suicide ainsi que celui des derniers membres directs du clan Amago.

En septembre, les manigances pour la succession de Uesugi Kenshin prirent forme avec la levée d’une armée dans les provinces de Mino et Owari par l’un des vassaux principaux d’Oda Nobutada, Saitō Toshiharu 斎藤 利治, menant à la bataille de Tsuki Okano 月岡野, contre les forces du clan Uesugi. La victoire du clan Oda permit d’établir une tête de pont sur la province d’Etchū et d’envisager une percée plus importante.

Cependant, en octobre, dans la province de Settsu (à cheval sur les actuels départements de Hyōgo et Ōsaka), Araki Murashige 荒木村重, qui participait au siège du château de Miki sous les ordres de Hashiba Hideyoshi, se rebella contre Nobunaga pour des raisons encore mal comprises (les hypothèses sont nombreuses, parmi lesquelles : une aide éventuelle au Honganji qui, si découverte par Nobunaga, aurait pu mené à sa condamnation ; ou encore une rixe ou une jalousie avec un autre vassal de Nobunaga). Deux autres seigneurs de la même province Nakagawa Kiyohide 中川清秀 et Takayama Ukon 高山右近 se rallièrent d’abord à Araki avant de se repentir et de revenir sous les ordres de Nobunaga.

Début novembre, Nobunaga, qui avait fait faire reconstruire une flotte, par Kuki Yoshitaka 九鬼嘉隆, depuis la première bataille de l’embouchure de la Kizugawa en juillet 1576, ordonna à ce dernier de recréer le blocus maritime, en plus du blocus terrestre, contre le Honganji.
La flotte du clan Mōri, associée à celle du clan Murakami, tenta de réitérer l’opération militaire de 1576 mais, cette fois-ci, Nobunaga avait ordonné la construction de tout nouveaux bateaux, les « tekkōsen » 鉄甲船, les « navires carapaçonnées d’acier ».

Il s’agissait de six navires de dimensions égales voire légèrement supérieures (32m de long pour 10m de large) aux plus gros navires de guerre japonais de l’époque, les « atake bune » 安宅船 (les plus gros faisant de 20 à 30m de long). Les tailles pouvaient un peu varier mais les atakebune pouvaient probablement embarquer environ 80 marins pour les déplacements du navire et environ 60 guerriers. Pouvant facilement dévier à cause du vent, les rames permettaient de mieux le contrôler. Une voile était aussi déployable. Les « tekkōsen« , quant à eux, avaient la coque et les différents endroits susceptibles d’être incendié à cause des « hōrobiya » (les grenades incendiaires), recouverts de plaques d’acier de près de 3mm d’épaisseur. Une maquette du XVIIe siècle et des expérimentations de forges et de flottabilité même sous l’influence des vagues et les déplacement d’équipage (estimé à 200 : rameurs et guerriers) ont permis de confirmer la forme générale et l’utilisation de 10000 plaques de fer (60x10x0,3cm) par navire.


Avec 6 navires, ce sont 60 000 plaques, soit près de 60 tonnes de fer qui durent être utilisés. Or à l’époque, la production de fer dans tout le Japon est estimée à 1000t par an, ce qui représenterait donc 6% de la production de l’ensemble de l’archipel à l’année, un chiffre considérable. D’après les expérimentations, la réalisation d’une plaque prend 1/2 journée à un forgeron. Il faut donc amener de très nombreux forgerons et aussi faire amener le fer dans les forges, couper des forêts et produire le charbon en énorme quantité. Le tout en 2 ans seulement. Une véritable prouesse pour l’époque ! Le plus mystérieux dans tout ça c’est que les navires victorieux n’ont plus jamais été utilisés après la bataille et ont complètement disparu en ne laissant aucune trace (peut-être recyclés). Certains pensent aussi qu’ils n’auraient pas existé mais les textes dans lesquels ils sont mentionnés n’auraient aucune raison de véritablement mentir.

Dans tous les cas, cette deuxième bataille de l’embouchure de la Kizugawa opposa donc près de 600 navires de la flotte des Mōri et Murakami à la flotte d’Oda et, si les nouveaux navires prouvèrent sans doute leur efficacité, avec l’emploi notamment de canons (deux à trois par navires), il semble que ce qu’on est longtemps pris pour une victoire de Nobunaga soit en fait plus nuancée. Une partie du ravitaillement aurait pu ainsi malgré tout parvenir au Honganji pendant la bataille, même si une bonne partie de la flotte des Mōri fut mise en déroute par les « tekkōsen« . Néanmoins, ce ravitaillement ne fut pas suffisant et les « tekkōsen » durent en effet dissuader le clan Mōri de réitérer de nouvelles tentatives, puisque ces derniers ne revinrent plus, condamnant ainsi à terme le Honganji.

En décembre, l’armée de Nobunaga débutait le siège du château d’Arioka 有岡, où s’était réfugié le rebel Araki Murashige.
1579
Alors que le siège et les escarmouches continuaient au château d’Arioka, en mai 1579, la construction du château d’Azuchi se terminait et Nobunaga s’installa dans son donjon. C’est ce donjon d’Azuchi, par ses dimensions et sa splendeur, qui inspira le style architectural de tous les autres châteaux construits postérieurement.



L’intérieur du donjon fut décoré par Kanō Eitoku 狩野永徳, avec des peintures à thématiques bouddhiques, taoïstes et confucianistes. A côté du donjon figurait aussi un bâtiment ressemblant fort au Seiryōden 清涼殿, le bâtiment du palais impérial de Kyōto où se passait l’essentiel de la vie quotidienne de l’empereur.

Il y a ici deux hypothèses assez radicalement différentes concernant ces choix architecturaux. Selon la première, Nobunaga aurait décidé définitivement de manifester sa supériorité sur l’autorité de l’empereur et la volonté d’élargir sa domination sur les autres pays de l’Extrême-Orient. Cependant, selon la seconde, Nobunaga n’aurait souhaité que montrer son respect envers l’autorité et le prestige de la société traditionnelle, dans un monde, où on le rappelle, ce respect de la société traditionnelle s’était fortement dilué, au gré des rébellions, des révoltes et des guerres. Il rendrait ainsi hommage à la culture traditionnelle japonaise, dont l’empereur est un des symboles, tout comme la Chine antique.


En juin 1579, cela faisait environ un an qu’Akechi Mitsuhide, aux ordres de Nobunaga, assiégeait le château de Yagami, tenu par le clan Hatano 波多野, dans la province de Tanba 丹波国. Affamés, les assiégés finirent par se rendre après des pertes importantes et Hatano Hideharu 波多野秀治 fut exécuté pour rébellion (il s’était en effet allié au clan Oda depuis 1568, lorsque le shōgun avait demandé la protection de Nobunaga). Au cours de cette même année 1579, l’armée dirigée par Akechi Mitsuhide finit de pacifier les provinces de Tanba et de Tango 丹後国 (zones actuellement incorporées dans les départements de Hyōgo et de Kyōto).

D’autre part, en septembre, Araki Murashige étant assiégé dans son château d’Arioka par les troupes de Nobunaga depuis décembre de l’année précédente, effectua une sortie pour se réfugier dans le château de Amagasaki 尼崎城, comptant sur l’aide du clan Ukita et, éventuellement, du clan Mōri. Cependant, la trahison du clan Ukita et la rébellion d’une partie de la garnison du château d’Arioka 有岡城 en faveur du clan Oda contredit ses plans. Le château d’Arioka tomba aux mains des forces de Nobunaga et ce dernier fit exécuté en tant qu’otages, pour paroles non respectés, femme et enfants d’Araki Murashige.

En octobre 1579, Nobunaga ordonna également à Tokugawa Ieyasu d’imposer à son propre fils héritier Matsudaira Nobuyasu 松平信康, de se suicider. Cette décision est généralement expliquée par le fait que Nobuyasu se serait très mal comporté avec sa femme, l’une des filles de Nobunaga, ou encore que Nobuyasu aurait eut des comportements indécents et qu’il aurait tenu une correspondance secrète avec sa mère naturelle, Tsukiyama dono 築山殿 (originaire du clan Takeda). Nobunaga aurait alors demandé à Ieyasu de faire éliminer les deux. Cependant, cette version, qui fut lontemps l’officielle, comporte de nombreux problèmes en la confrontant à d’autres témoignages de l’époque. Aujourd’hui, une autre hypothèse est apparue avec plus de crédit, à la lumière de l’étude des lettres et correspondances de l’époque : la mort de Matsudaira Nobuyasu et sa mère serait ainsi plutôt dû à une opposition, voire une haine, entre Tokugawa Ieyasu et son fils, Ieyasu demandant à Nobunaga d’arbitrer et de donner une sentence de mort pour préserver la stabilité du clan, ce dernier étant à même, de par son statut, juger et d’arbitrer de tels conflits.

En novembre 1579, Oda Nobunaga offrit au prince impérial Sanehito sa résidence à Kyōto, souhaitant visiblement se rapprocher toujours plus de la cour impériale.
1580

L’année suivante, en janvier 1580, Bessho Nagaharu se suicidait dans son château de Miki. Le siège de Hashiba Toyotomi avait si bien fonctionné que nombre des assiégés avaient péri de faim. La chute du château de Miki permit à Nobunaga quelques mois plus tard de contrôler l’ensemble de la province de Harima.
En mars 1580, Nobunaga reçut, de la part du seigneur Hōjō Ujimasa de la région du Kantō 関東 (actuelle région de Tōkyō), la demande de se mettre sous la protection du clan Oda. Nobunaga put ainsi commencer à étendre son influence vers le Kantō.
En avril, l’empereur impose au Honganji de cesser sa résistance et de faire la paix avec le clan Oda. Cependant, bon nombre de membres refusaient de céder et continuaient de résister aux forces de Nobunaga à Ōsaka. Mais, sans aide nouvelle du clan Mōri, ils furent contraints de se rendre et forcer de quitter la région d’Ōsaka, mettant fin à un conflit armé de près de 10 ans dans la région. Un des grands objectifs d’Oda Nobunaga était atteint en anéantissant le Honganji, puisque c’était le point névralgique des ikkō ikki environnants. Avec la chute du Honganji, si certains ikkō ikki perdurèrent, ils perdirent néanmoins en intensité. Avec cette pacification de la zone centrale du Japon qu’est le Kinai, Nobunaga put enfin alors pleinement se tourner vers les provinces et régions avoisinantes et se mettre à rêver d’un Japon unifié comme autrefois.
Il répartit alors la direction de son armée entre ses différents vassaux les plus puissants, les nommant généraux, et Nobunaga demeurant en principe lui-même dans son château d’Azuchi.

En avril, Hashiba Hideyoshi pour continuer la conquête vers l’Ouest, fit tomber le château de Tottori 鳥取城, là encore par un siège. Son armée fit fuir la population locale vers le château, accroissant le nombre des assiégés, et les vivres ne tardèrement alors pas à manquer. Lorsque les forces dirigées par Hideyoshi pénétrèrent la place, bon nombre d’assiégés étaient déjà morts de faim et des cas de cannibalisme furent même rapportés. Hideyoshi put dés lors avancer vers l’Ouest et commencer à s’attaquer au château de Bitchū Takamatsu 備中高松城, menaçant ainsi directement les terres du clan Mōri.
Dans le même temps, sur le plan politique, Nobunaga devint également de plus en plus actif. Depuis 1580, Luís Fróis, le jésuite portugais, était hébergé au château d’Azuchi, pour servir de traducteur à Alessandro Valignano, jésuite italien cherchant à installer des relations diplomatiques entre le Japon et l’Europe. La relation cordiale entre Nobunaga et Fróis ne cessa de grandir. Les jésuites purent mettre en place un séminaire à Azuchi. Les chercheurs s’accordent sur le fait qu’au delà de la reconnaissance du Japon à l’étranger, Nobunaga s’intéressait aux étrangers (pour apprendre notamment des techniques occidentales), et plus particulièrement aux chrétiens, pour leur potentiel dans la formation d’un contre-pouvoir vis-à-vis des temples et sanctuaires japonais. Le développement du christiannisme permettait effectivement de fragiliser les infrastructures religieuses existantes, leurs réseaux et leur emprise sur les différents fiefs et leur population.

1581
De janvier à août 1581, plusieurs parades équestres militaires furent organisées à Kyōto. On peut probablement y voir une tentative d’influence du pouvoir impérial de la part de Nobunaga, en déployant une partie de ses forces militaires à proximité et à la vue de la cour impériale. Les parades furent cependant ensuite réalisées au château d’Azuchi, comme pour affirmer la position de Nobunaga comme chef de l’autorité militaire sur la région, et la prévalence du château d’Azuchi sur la capitale de l’empereur.

Les campagnes militaires continuaient néanmoins sur de nombreux fronts.
Début 1581, le reste des forces de Araki Murashige, qui s’étaient réfugiés sur le mont Koya 高野山, depuis septembre de l’année précédente, continuaient de mener quelques escarmouches contre les forces de Nobunaga. Murashige avait en effet été accueilli par les moines du mont Koya après que Nobunaga ait fait prisonnier et tué des membres d’une rébellion de type ikki, dont plusieurs faisaient parti des monastères et sanctuaires du mont Koya. En janvier, les moines mercenaires du temple Negoroji 根来寺 et de Saika, réputés pour leurs arquebuses, se joignirent même aux forces du mont Koya.
Nobunaga leva alors une armée dont il remit la direction à Oda Nobuharu 織田信張, un cousin éloigné. Fin janvier, Nobuharu faisait 1383 prisonniers parmi les moines du mont Koya. En octobre, devant les difficultés de mettre un terme au soulèvement transformé en une sorte de guérilla, Nobunaga envoya une nouvelle force armée pour s’attaquer au temple du Negoroji, emprisonnant 350 personnes. Cette offensive ne permit cependant pas de progrès particulier puisqu’elle se transforma en conflit larvé de longue durée, dont Nobunaga ne verrait pas la fin.

Parallèlement, en mai 1581, le général des forces armées du clan Uesugi, Kawada Nagachika 河田 長親, décéda subitement. Cet état de fait permit à Oda Nobunaga, grâce à plusieurs autres concours de circonstances, de profiter du moment pour envahir plus avant la province de Etchū 越中 et, en juillet, prendre possession de plus de la moitié du territoire. Ceci lui permit de se mettre en position de force pour menacer les territoires appartenant au clan Takeda, ces derniers ayant fait une alliance avec le clan Uesugi, et cherchant à consolider leur territoire depuis la défaite de Nagashino, 6 ans plus tôt.
L’anéantissement des dernières forces armées des Takeda

En février 1582, un des vassaux du clan Takeda, Kiso Yoshimasa 木曾義昌, trahit pour rejoindre le clan Nobunaga. Ce dernier en profita donc pour lever une armée et la dirigea vers le Nord-Est, à l’encontre des forces Takeda. Parallèlement, Tokugawa Ieyasu commença à menacer les possessions Takeda depuis la province de Suruga, Hōjō Ujinao, depuis la province de Sōshū, quand Kanemori Nagachika 金森長近 et Kiso Yoshimasa entrèrent sur le territoire Takeda via la province de Hida 飛騨国.

Les premiers seigneurs se rendirent sans résister tandis que l’éruption volcanique du mont Asama dans la région rendit plus difficile les communications internes au sein du clan Takeda. Ces derniers ne purent s’enorgueillir que d’une seule victoire début mars, mais qui ne mena pas à grand chose.
Takeda Katsuyori, le fils du grand Shingen, en était réduit à fuir de château en château, jusqu’à son château d’origine à Kōfu. Cependant toujours en fuite, il fut finalement défait en mars 1582, à la bataille du mont Tenmoku 天目山, où il se suicida avec son fils, mettant fin définitivement au clan Takeda. Nobunaga s’occupa alors durant le reste du mois de mars de réadministrer les terres de l’ancien clan Takeda.

En avril, Nobunaga retourna dans son fief via le territoire du clan Tokugawa, se faisant héberger par Ieyasu dans ses différents châteaux.
La disparition du clan Takeda au profit du clan Oda changea la donne au niveau stratégie dans le Nord-Est du Japon. Certains seigneurs très éloignés se rallièrent à Nobunaga, comme les clans Ashina 蘆名 et Date 伊達 par exemple.
L’incident du Honnōji et la fin de Nobunaga
L’objectif d’Oda Nobunaga étant désormais d’étendre cette unification des territoires à l’ensemble du Japon, il développa ses relations diplomatiques, obtenant notamment des relations cordiales avec deux des plus puissants clans de l’île de Kyūshū, les Ōtomo 大友 et les Shimazu 島津, et cherchant ainsi à isoler le clan Mōri.
Le clan Chōsokabe 長宗我部, dominant majoritairement l’île de Shikoku 四国, refusa cependant de se lier à Nobunaga. Ce dernier décida donc de projeter une attaque sur l’île de Shikoku, en organisant les préparatifs d’une armée qui serait dirigée par son fils benjamin, Nobutaka 信孝, accompagné de plusieurs de ses vassaux principaux. L’attaque était programmée pour les mois de juin, parallèlement au maintien de la pression sur le clan Mōri par Hashiba Hideyoshi.
Cependant, Chōsokabe Motochika 長宗我部元親, s’avérait également être l’agent de liaison entre Akechi Mitsuhide et la cour impériale.

En mai, un incident est également rapporté par Luís Fróis, dans son « Histoire du Japon », où Nobunaga, très en colère contre Mitsuhide, lui aurait donné un coup de pied, alors que ce dernier servait d’hôte à Tokugawa Ieyasu au château d’Azuchi. Suivant les versions de l’histoire, Mitsuhide aurait failli en servant du poisson avarié à Ieyasu. Selon une autre version, Nobunaga aurait reproché à Mitsuhide de ne pas avoir empoisonné Ieyasu comme ordonné par lui (la légende noire). Dans tous les cas, très en colère, Nobunaga ordonna alors à Mitsuhide de lever une armée pour aller aider en renfort l’armée de Hashiba Hideyoshi, occupée à attaquer le château de Takamatsu 高松, dans la province de Bitchū 備中. Mitsuhide aurait alors garder de la rancoeur vis à vis de Nobunaga.
Ainsi, le 29 mai, en cours de préparatif pour lever une armée conséquente afin d’attaquer le clan Mōri, Nobunaga quitta le château d’Azuchi avec une petite force (à peine 100 hommes) pour faire halte et se faire héberger au temple du Honnōji.
Toutefois, l’armée de Akechi Mitsuhide (13000 hommes), destinée initialement au renfort de Hideyoshi, ne s’était pas encore déplacée malgré les ordres et, partant de Kyōto soudainement le 2 juin, attaqua le Honnōji où dormait Nobunaga entre minuit et 3 heures du matin. Dépassé en nombre, il est rapporté que Nobunaga lui-même utilisa son arc et sa lance, avant de mettre le feu au temple et de se suicider parmi les flammes. Il avait 49 ans. Sa dépouille ne put jamais être reconnu par les très nombreux cadavres carbonisés.

Lorsque la nouvelle de l’attaque parvint au fils de Nobunaga, Nobutada, celui-ci se déplaça également de Kyōto vers le Honnōji. Mais en apprenant la mort de Nobunaga, il se réfugia avec un petit effectif dans le palais de Nijō, en en chassant l’empereur et le prince impérial qui y résidait. Il se suicida au moment où les forces d’Akechi Mitsuhide s’approchaient pour combattre.
Après ça, Akechi Mitsuhide repartit pour Azuchi et dévalisa les coffres, redistribuant l’argent entre lui et ses vassaux.
Entre temps, Hashiba Hideyoshi, toujours en train d’assiéger le château de Takamatsu, apprit la nouvelle et ordonna une prompte retrait pour combattre le traître Mitsuhide. Il fit alors parcourir à son armée près de 230km à pied en 10 jours (c’est ce qui fut appelé plus tard le Chūgoku ōgaeshi « le grand retour du Chūgoku »), au terme desquels s’engagea la bataille de Yamazaki 山崎, où Akechi Mitsuhide perdit la vie. Après l’ère Oda Nobunaga commençait alors l’ère Toyotomi Hideyoshi, qui continua son œuvre et son rêve d’unification du Japon.
Conclusion
Au final, on obtient donc ici une image qui s’éloigne un peu de celle véhiculée par le documentaire netflix, où on nous dépeignait le paroxysme de la cruauté. Si effectivement Nobunaga a commis des crimes atroces (le massacre de Nagashima étant peut-être l’un des pires), il n’était malheureusement pas le seul. A l’époque, les massacres de 1000 à 3000 personnes sont malheureusement nombreux. On évoquera ceux perpétrés par Takeda Shingen ou encore Date Masamune (ce dernier allant même jusqu’à faire tuer hommes, femmes, enfants et chiens)… Les actes commis sont terribles, mais il faut comprendre également que les valeurs de l’époque ne furent pas celles qu’elles sont aujourd’hui. Bon nombre de sièges ne se finissaient pas parce que les défenseurs se rendaient, mais parce qu’ils mourraient de faim, s’adonnant parfois même au cannibalisme.
Il est impossible de justifier ce qui nous parait injustifiable… On ne peut que déplorer les nombreuses raisons que l’on peut entrapercevoir au travers de cette horreur humaine que peut représenter un pays en pleine guerre civile et un seigneur soucieux de protéger ses terres mais aussi sa vision, quitte à accomplir des massacres : supprimer rapidement et définitivement toute menace en empêchant également la possibilité de vengeance ; servir d’exemple ; violente répression suite à la pression émotionnelle sur Nobunaga après la perte de 7 membres de sa famille dans l’opération de Nagashima… On ne le saura jamais. Le mal était fait et, sans être le premier, ce ne fut pas malheureusement pas non plus le dernier de l’histoire japonaise.
Pour les successeurs de Nobunaga, cette partie sombre était du pain béni. L’entretenir en noircissant l’image, en noircissant la légende, permettait de se démarquer de lui et de pouvoir profiter des graines qu’il avait semées.
En effet, si guerres et massacres il y eut, une génération après la mort d’Oda Nobunaga, le Japon, unifié par Toyotomi Hideyoshi puis Tokugawa Ieyasu, allait connaître la plus longue période de paix de son histoire, la période Edo.
Une légende noire donc, mais aussi une légende dorée avec son ouverture d’esprit sur les connaissances et techniques occidentales, ses considérations concernant la reprise économique du pays (peu avant que Nobunaga ne meure, la ville commerçante de Sakai avait presque obtenue un statut autonome), ses considérations concernant le fait que les capacités de quelqu’un prévalaient sur leur statut social (ce dont bénéficia totalement le futur Toyotomi Hideyoshi), sa conception résolument nouvelle de l’architecture des châteaux, qui inspirera toutes les constructions ultérieures… On entrait alors dans une nouvelle période et les historiens le ressentirent si bien qu’ils choisirent le moment où Nobunaga chassa le shōgun Ashikaga en 1573 comme point de départ d’une nouvelle période, la période Azuchi-Momoyama 安土桃山時代 (Momoyama correspondant au lieu où Toyotomi Hideyoshi s’installerait par la suite).
Les raisons de sa chute ont pu être expliqué comme suit par certains spécialistes : sa propension à vouloir tout diriger lui-même et à peu délégué d’une part, et d’autre part à cultiver une certaine rivalité entre ces vassaux afin de les émuler. Ce dernier point notamment est peut-être celui qui lui coûta la vie ou, à tout le moins, généra nombre de rébellions ou de trahison à son égard.
Pour conclure, voyons ici la description d’Oda Nobunaga par Luís Fróis, à l’issu de leurs premières rencontres en 1569.
On notera cependant juste avant que si le jésuite présente Nobunaga comme totalement athée (ce qui permit à la légende noire de le présenter comme anti-religieux et même anti-bouddhiste), les faits montrent que ce n’était pas tout à fait exact. Nobunaga fit construire un mur en offrande au sanctuaire Atsuta jingu 熱田神宮 (actuellement à Nagoya) après sa victoire à Okehazama, et continua de régulièrement doter des sanctuaires d’offrandes après ça. Nobunaga faisait également porter par son armée un étendard où était inscrit Namu myōhō renge kyō 南無妙法蓮華経, une phrase de l’école Nichiren provenant du sûtra du lotus, et à son arrivée à Kyōto, il décida d’abord de résider dans un temple de l’école Nichiren. L’image d’athée renvoyée au jésuite pouvait donc n’être également qu’une façade, afin d’éviter que ce dernier ne tente trop de le convertir. Mais il ne s’agit que d’une hypothèse. Lisons donc Luís Fróis :
« Ce roi d’Owari, qui doit avoir dans les 37 ans, est grand de stature, fin, à la barbe clairsemée, possédant une voix très sonore, rompu aux exercices militaires, infatigable, enclin à la justice et à la compassion, arrogant, grand amoureux de l’honneur, très secret dans ses décisions. C’est un maître de stratagèmes, peu voir pas du tout soucieux des réprimandes ou des conseils de ses subordonnées, et est très craint et vénéré par tous, même ceux de plus haut rang.
Il ne boit pas de vin, il est brusque dans ses manières, regarde de haut les autres rois et princes du Japon et leur parle avec dédain comme s’ils étaient ses subalternes. Il est totalement obéi par tous en tant que seigneur absolu, a une bonne compréhension et un sens du jugement aiguisé. Il méprise les dieux, les bouddhas et tout autre type d’idolâtrie ou de superstition païenne. Officiellement, il se présente comme appartenant à l’école du Lotus, mais officieusement, il déclare qu’il n’existe pas de créateur de l’univers, ni d’immortalité de l’âme, ni de vie après la mort.
Ses appartements sont toujours très propres et raffinés, et toujours en ordre parfait. Il déteste les retards et les circonlocutions. Aucun prince ne parait devant lui en portant une épée. Il a toujours 2000 pages ou une garde montée avec lui.
Son père était le seigneur de la province d’Owari, mais lui, grâce à son immense énergie, a soumis 17 ou 18 provinces au cours des quatre dernières années. Il a conquis les 8 provinces centrales, incluant la province métropolitaine de Yamashiro en 7 à 8 jours.«
Ouvrages de référence :
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- 朝倉治彦 三浦一郎、1996、『世界人物逸話大事典』 角川書店。
- 天野忠幸、2014、『三好長慶 諸人之を仰ぐこと北斗泰山』、ミネルヴァ書房〈ミネルヴァ日本評伝選〉。
- 天野忠幸、2016a、『三好一族と織田信長』、戒光祥出版〈中世武士選書〉。
- 天野忠幸、2016b、「有岡城の戦い」、渡辺大門(編)、日本史史料研究会(監修)『信長軍の合戦史』、吉川弘文館 。
- 池上裕子、2012、『織田信長』、吉川弘文館〈人物叢書〉。
- 井原今朝男、2014、『室町期廷臣社会論』、塙書房 。
- 臼井進、2015、「室町幕府と織田政権との関係について -足利義昭宛の条書を素材として-」、久野雅司(編)『足利義昭』、戒光祥出版〈シリーズ・室町幕府の研究 第二巻〉。初出:『史叢』54・55号、1995年。
- 江後迪子、2007、『信長のおもてなし 中世食べ物百科』、吉川弘文館〈歴史文化ライブラリー240〉。
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- 大石泰史編、2019、『今川義元』 戒光祥出版〈シリーズ・中世関東武士の研究 第二七巻〉。
- 太田牛一・著・奥野高廣・岩沢愿彦校注、1969、『信長公記』、角川書店〈角川文庫2541〉。
- 小川雄、2020、『水軍と海賊の戦国史』平凡社。
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- 岡垣頼和・浅川滋男、2010、「仏を超えた信長—安土城摠見寺本堂の復元」、『鳥取環境大学紀要』8号。
- 奥野高廣・岩沢愿彦、1969、「解説」、『信長公記』、角川書店〈角川文庫2541〉。
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- 久野雅司、2019b、「足利義昭政の蜂起と〈天下静謐〉をめぐる抗争」、『織田信長政権の権力構造』、戒光祥出版〈戎光祥研究叢書16〉。
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- 久野雅司、2019e、「京都支配における足利義昭政権と織田信長政権」、『織田信長政権の権力構造』、戒光祥出版〈戎光祥研究叢書16〉。原題:「足利義昭政権と織田信長政権」『歴史評論』640号、2003年。
- 久野雅司、2019f、「足利義昭政権における相論裁許と義昭の〈失政〉」、『織田信長政権の権力構造』、戒光祥出版〈戎光祥研究叢書16〉 。
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- 久保尚文、2015、「和田惟政関係文書について」、久野雅司(編)『足利義昭』、戒光祥出版〈シリーズ・室町幕府の研究 第二巻〉。初出:『京都市歴史資料館紀要』創刊号、1984年。
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- 鈴木眞哉、2006、『信長は謀略で殺されたのか 本能寺の変謀略説を嗤う』、洋泉社〈洋泉社新書〉。
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- 松本和也、2017、「信長とイエズス会の本当の関係とは」、渡辺大門(編)、日本史史料研究会(監修)『信長研究の最前線2』、洋泉社。
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- 山崎布美、2016、「織田氏の出現とその存在形態」、『東京大学史料編纂所研究紀要』817号、東京大学史料編纂所。
- 矢田俊文、2005、『上杉謙信-政虎一世中忘失すべからず候』ミネルヴァ書房、2005年12月。
- 山本英男、2011、「大徳寺所蔵の狩野永徳筆織田信長像について ―修理で得られた知見を中心に―」、『京都国立博物館學叢』所収。
- 横田冬彦、2009、「学術文庫版あとがき」、『天下泰平』、講談社〈日本の歴史16〉。
- 横山住雄、2011、「犬山落城・永禄八年説」、柴裕之(編)『尾張織田氏』、岩田書院〈論集 戦国大名と国衆6〉。初出:『郷土文化』40巻1号、1985年。
- 若松和三郎、2013、『戦国三好氏と篠原長房』戒光祥出版〈中世武士選書シリーズ17〉。
- ルイス・フロイス著/松田毅一・川崎桃太訳、2000、『完訳フロイス日本史』全12巻、中公文庫。
- 『信長の子』新人物往来社、2012年9月。
- 渡辺江美子、2016、「織田信長の息女について」、柴裕之(編)『織田氏一門』、岩田書院〈論集 戦国大名と国衆20〉。初出:『国学院雑誌』89巻11号、1988年。
- 渡邊大門、2016、「三木合戦」、日本史史料研究会監修; 渡邊大門編 『信長軍の合戦史 1560–1582』 吉川弘文館。

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